
Ses aïeux furent René Descartes, Henri Bergson, Claude Bernard, Charles Richet et ses contemporains se nomment Jacques Monod , Jacques Chevalier, Jean Guitton *, Yvonne Duplessis ou encore Robert Tocquet...Que de personnages illustres et pourtant méconnus du grand public!
Hubert Larcher, Docteur en Médecine et Licencié en philosophie, vient de s'éteindre à l'âge de quatre vingt sept ans le 5 avril 2008 dans son domicile de Saint Paul au pied de la Chaîne des Baous.
Il était l'un des plus fameux chercheurs en parapsychologie du moment et (entre autre) un des fondateurs de la Société de Thanatologie en 1966 (1).
De sa soutenance de doctorat en 1951 à propos de l' « Introduction à l'étude de l'adaptation à la mort fonctionnelle », Hubert Larcher publia en 1957 un ouvrage intitulé « Le sang peut-il vaincre la mort ? » aux Editions Gallimard réédité en 1990 sous le titre « La mémoire du soleil, aux frontières de la mort » ( Editions Désiris).
Directeur de l'Institut Métapsychique International (IMI) de 1977 à 1995, il contribua de par ses connaissances multiples dans des domaines aussi variés que complexes tels que la métapsychique, la théologie ou encore la psychologie, au développement de l'Institut à travers le monde.
En 1889, Max Dessoir proposa le terme de « parapsychologie » pour caractériser toute une région frontière encore inconnue qui différencie les états psychologiques habituels des états pathologiques et celui de « paraphysique » pour désigner des phénomènes objectifs qui paraissent échapper aux lois de la physique classique.
En 1922, Charles Richet alors prix Nobel de Physiologie et Président de la « Society for Psyscical Research » fit éditer un « Traité de Métapsychique » de 847 pages dans lequel il présentait au sein de l'Académie des Sciences ces deux concepts et définissait la « Métapsychique » « comme une science qui a pour objet des phénomènes mécaniques ou psychologiques dûs à des forces qui semblent intelligentes ou à des puissances inconnues latentes dans l'intelligence humaine ».Charles Richet avait écrit un jour « un moment viendra, peut-être assez prochain, où l'on connaitra les fonctions des circonvolutions, c'est à dire de l'intelligence, comme les fonctions du coeur, des muscles ou du sang »
En 1954, c'est Fernand Clerc qui proposa le premier le terme de « Psychotronique » pour désigner « les phénomènes dans lesquels l'énergie est dégagée par le processus de la pensée ou par la pulsion de la volonté humaine ».
L'IMI, fondé par Jean Meyer et dirigé par Hubert Larcher pendant près de dix huit ans, a pour but l'étude rationnelle des phénomènes dits paranormaux et qui échappent à la science d'aujourd'hui et c'est ainsi que la Revue Métapsychique titrait dans son volume 16 sous la Présidence de Monsieur Rémy Chauvin en 1982 « La revue Métapsychique a pour premier souci d'établir et de vérifier la réalité des faits particuliers, avec d'autant plus d'exigence qu'ils sont plus surprenants et d'autant plus de difficultés qu'ils sont moins répétables. Mais elle a pour ambition de situer ces faits dans l'ensemble des concepts relatifs à la connaissance générale de l'univers. » Hubert Larcher disait d'ailleurs à propos des phénomènes dits para-normaux « Le paranormal, nous n'y croyons pas, nous l'étudions ».
Hubert Larcher y consacrait d'ailleurs une quinzaine de pages à la « parapsychologie d'Hier » intitulé « Le temps des définitions », d'Aujourd'hui ou « Le sens des paradigmes » et de Demain avec « Le supplément d'âme ».
Jean Guitton disait de lui que « quelque soit le sujet, il l'abordait par une rive inconnue », quant à sa fille Véronique, lors de l'hommage funèbre qui lui a été rendu, cette dernière fit remarquer à la nombreuse assemblée présente ce jour là que son père avait engagé, dès sa jeunesse, ses forces de réflexion vers les frontières de la Mort, la Thanatologie et la Métapsychique.
Mille pages de ce numéro ne suffiraient pas à relater les articles et les ouvrages innombrables publiés par le Docteur Hubert Larcher mais l'on peut citer au moins les plus connus comme ces articles issus de la revue métapsychique du n° 10 de juin 1966 au sujet de la « Mystique dans les religions révélées » sur ce que n'est pas la mystique et son devenir ou encore celui-ci en 1978 (numéro 25) au sujet des « Sciences de l'homme et de la métapsychique » dans lequel il déclarait : « Tout est un, tout est divers »,
Mais la communication la plus surprenante qu'il fit et qui intéressa le thanatopracteur un peu curieux sur le devenir de certains corps est relatée dans la Revue Métapshychique de Mars-Avril 1954 sur trois cas extraordinaires d'incorruption de la chair.
En effet, l'illustre Médecin relate le cas de Thérèse d'Avila De Ahumada inhumée en 1515 en odeur de sainteté, entendez par là que son corps exhalait des odeurs « suaves » de lys, de jasmin et de violette.
En 1598, on avait érigé un monument de pierre sur l'emplacement de la sépulture primitive, le corps fut déposé dans une châsse splendide donnée par la Duchesse d'Albe et l'on grava sur la pierre une inscription où l'on pouvait lire « ...Sous ce marbre repose, non sa cendre, mais sa chair flexible, incorruptible dont le parfum très suave est le signe merveilleux de sa gloire ».
Exhumée par onze fois dans le but de constater son état de conservation entre 1515 et octobre 1952 , on constatat que le temps n'avait eu aucune emprise sur son corps.
Deuxième cas d'incorruption de la chair et autre époque, le cas du Moine Maronite Youssef Makhlouf décédé le 24 décembre 1898 dans un ermitage du Monastère de Saint Maron à Anaya au Liban et qui fut placé dans une tombe recouverte d'une pierre « dans laquelle se déversait l'eau de pluie pénétrant de la terrasse et qui fit de la tombe du moine un véritable bourbier », à l'ouverture du tombeau il fut permis de constater que le corps du Père Charbel Youssef Maklouf, « débarrassé de la moisissure qui le recouvrait se trouvait intact dans tous ses membres, la peau gardait sa fraîcheur et dont un sang bien rouge mêlé d'eau coula de son côté » et ce près de 52 ans après son décès.
Troisième et dernier cas révélé par le Docteur Larcher dans la Revue Métapsychique, celui de Roseline De Villeneuve qui s'éteint le 17 janvier 1329 à l'âge de 66 ans et dont le corps garda toute sa souplesse et plus particulièrement les yeux qui conservèrent leur éclat et leur limpidité pendant plusieurs jours.
Tel que Benjamin Bonnaud, un jeune thanatopracteur du nord de la France me l'a fait remarquer à ce sujet, le cas de Roseline De Villeneuve ne peut être totalement assimilé aux phénomènes dit " d'incorruption" car si son oeil a gardé un certain éclat depuis maintenant 679 ans (son corps est visible dans la Chapelle de Sainte-Roseline-Des-Arcs-Sur-Argens dans le Var), son corps quant à lui présentait un délabrement quasi total semble t il à partir de 1887 soit 558 ans après sa mort.
Hubert Larcher qui avait fait une étude personnelle du corps de la Sainte le 3 septembre 1951, relatait dans la revue métapsychique de l'IMI que ses yeux étaient en voie de destruction (par des moisissures) et que le corps présentait des moisissures sur le bord cubital de la main droite. Le Docteur Larcher reprit les conclusions faites en 1887 qui relataient les différentes interventions faites par les embaumeurs pour lutter contre la présence d'insectes (probablement nécrophages).
C'est en 1894, à la fin du XIXème siècle que le corps a été restauré par le Docteur Pietro Neri à l'aide de cire d'abeille qu'il teinta de noir; ce n'est qu'en 1929 qu'une exhumation eut lieu et que le le Docteur Paul Sabatier put constater l'état du corps et utilisa les termes suivants :
- Dessication relative, couleur noire ébène
- Matière ivoire
- Yeux restés identiques
La première exhumation eut lieu le 11 juin 1334, la dernière le 3 septembre 1951 soit 622 ans après sa mort, le corps était quasi intact depuis la restauration entreprise par Le Docteur Neri, Hubert Larcher note ceci « seul l'oeil gauche est en voie de destruction et l'on note des moisissures sur le bord cubital de la main droite ».
Le corps de la Sainte fut par la suite mise à l'abri dans une châsse pour la préserver durant des temps "troublés", la légende raconte qu'elle fut même perdue et que c'est un aveugle qui la retrouva à travers un rêve qu'il fit où la Sainte lui révéla la position de son tombeau et lui redonna miraculeusement la vue, ce n'est qu'en 1614 qu'elle fut de nouveau exposée et c'est en 1660 que Antoine Vallot, alors médecin de Louis XIV et fasciné par les yeux de la Sainte perça d'une aiguille le globe gauche de Roseline De Villeneuve laissant s'echapper le corps vitré et ternissant à jamais la prunelle. ( http://www.observatoire-zetetique.org/page/dossier.php?enquete=3&enqueteId=27 )
Hubert Larcher distinguait au sujet des liquides de conservation deux modes distincts de procédés; d'une part « ceux qui consistent à introduire les substances conservatrices de la périphérie vers le centre par exposition à la vapeur, par bain, par enduit et par friction mais aussi par incisions, injections ou perforations et d'autre part les procédés qui consistent à utiliser les voies naturelles de la circulation intra-organique ».
Cet éloge ne saurait être complet sans que l'on évoque le lien indéflectible et l'amitié que vouait Hubert Larcher au monde de la thanatopraxie depuis 1996, date à laquelle il fut l'invité d'honneur de Paul Clerc à Avignon alors Président du COLL.E.A (2) (Collège des Embaumeurs Agrées qui comprenait à l'époque Paul Clerc en tant que Président, Henry Graugnard, Gérard Tondu, Serge Mézy en tant que membres du bureau ou encore Erick Demunck et bien entendu le Docteur Larcher qui était ce jour là l'invité d'honneur.
En effet, le Docteur Larcher était surpris de l'engouement suscité par notre profession envers ses travaux qui n'étaient pas toujours compris ou entendus à leur juste valeur par ses pairs mais qui recevait une oreille attentive de la part d'une profession pourvue de connaissances fragmentaires sur des sujets tels que la l'anatomie, l'anthropologie ou la médecine légale; ces trois disciplines représentant pour Paul Clerc l' « allégorie de notre profession ».
Au nom de Paul et de la profession toute entière, nous étions honorés de sa sympathie au même titre que l'était Louis Vincent Thomas, célèbre ethnographe et anthropologue de renom. Honneur qu'ils nous faisaient en nous considérant sans la moindre condescandance et en nous manifestant un grand intérêt.
A l'occasion de la journée organisée par Madame Françoise Jean Candela, la Directrice de l'école de thanatopraxie ACCENT FORMATION le 1er décembre 2007 regroupant les anciens élèves du CEP-ENT et dont l'invité d'honneur était Hubert Larcher, ce dernier avait écrit dans un texte lu par cette dernière « que les thanatopracteurs l'avaient mieux compris que les thanatologues parce que, praticiens « du métier artisanal de la frontière », ils observaient les deux versants de la transition du trépas que sont la mort fonctionelle et la mort organique » (3) lequel avait été conforté dans ses propos par ceux de Paul Clerc qui qualifiait alors la thanatopraxie de « métier de frontière »
Tel que le Docteur Djohar Si Ahmed le relate dans son article « In Memoriam » dédié au célèbre Médecin sur le site internet de l'IMI, « Hubert Larcher a apporté une contribution majeure à la compréhension des états de conscience dits non ordinaires ou modifiés [...], il est à l'origine de nombreuses et originales conceptions sur les phénomènes d'incorruptibilité des corps, sur la conscience, la maladie et la guérison [...] et il tenait particulièrement à la fin de sa vie à s'assurer de la continuité du développement de ses travaux dans toutes ses dimensions »....
Régis Narabutin, Artisan thanatopracteur
Bibliographie :
Revues Métapsychiques de mars-avril 1954, de 1978, de juin 1968, de septembre 1961, de mars 1966 et du volume 16 de 1982,
* Edda Larcher, son épouse précisait au sujet de Bergson que Jean Guitton et Hubert Larcher avaient coutûme chaque année de se rendre sur sa tombe.
(1) 1981, l'Odysée de la Conscience, Bulletin de Thanatologie, juillet, n° 50 pages 18/27
(2) Le COLLEA avait adressé un mémorandum au Premier Ministre de l'époque Michel Rocard qui l'avait alors transmis aux Ministères de Tutelles dont Monsieur Pierre Joxe était le Ministre de l'Intérieur et Bruno Durieux le Ministre délégué à la Santé . Le Professeur Orcel et Jacques Marette avaient de leur côté rédigé des suggestions qui furent prises en compte et donnèrent lieu à la naissance du décret 94-260.
2005 : Le Trépas, Etudes sur la Mort, n° 128 pages 19 à 31
1957/1990 : Le sang peut-il vaincre la mort? La Mémoire du Soleil aux Frontières de la Mort.
(3) Propos recueillis d'après l'éloge funèbre rédigé par Olivier et Véronique Larcher ses enfants , Julien son petit-fils, Gérard Tondu et Paul Clerc. Cet éloge a été remis à Paul Clerc par Edda Larcher son épouse lors des obsèques du Docteur Larcher et dont une copie m'a été adressée.

Commentaires (2)
1. Régis 26/06/2008
Vous pouvez retrouver une partie de ce texte dans le magazine Résonance N° 41 du mois de juin 2008....pages 73/74.
2. Benjamin Bonnaud 18/06/2008
Je voudrais rebondir sur le cas de Therese de Villeneuve. Qu'elle est été incorruptible quelques années après son décès, soit, cela dit, les exhumations qui ont eu lieu au 19eme siecle montre un corps à l'état de squelette ou presque entierement resculpté à la cire. Quant à l'oeil affaissé, c'est l'oeuvre du médecin de Louis XIV qui l'a volontairement crevé.
J'ai toutes les photos de celà si celà t'intéresse mon cher Régis. :)