En novembre 2006, le magazine Capital jetait son dévolu (entre autre) sur l’activité des Pompes Funèbres ce qui provoqua indignation et colère à juste titre, suivi d’un droit de réponse.
Près de 40 années plus tôt, en juin 1966, le Crapouillot, un journal satyrique crée par Jean Galtier Boissière et dirigé par Philippe Grumbach titrait dans un numéro spécial consacré aux Pompes Funèbres « Les Pompes Funèbres, le meilleur commerce du monde ». L’article ne comportait pas 1 ou 2 pages vite et mal écrites par une journaliste mal renseignée mais 64 pages illustrées dont la première était une citation de La Rochefoucault : « La pompe des enterrements intéresse plus la vanité des vivants que la mémoire des morts ».
Après avoir publié un éditorial au vitriol sous le titre « La mort se vend bien » considérant le fait « qu’il soit révoltant qu’un commerce florissant puisse s’organiser légalement autour de la mort », allant jusqu’à dire « que ce n’était pas le plus grand scandale de ce siècle mais certainement le plus odieux », l’auteur expliqua à ses lecteurs le cadre législatif de cette activité en mentionnant la loi du 28 décembre 1904, ses origines et ses applications.
L’origine de la loi de 1904 semblait provenir du Moyen-Age, période à laquelle, les « joyeux crieurs de vin » qui annonçaient l’arrivage important de barrique de vin de Chinon avaient également la charge, clochette à la main, d’annoncer les décès dans les rues en criant le nom des défunts, l’heure et le jour des obsèques et demandant également des prières pour le repos de leurs âmes.A la fin du XIVème siècle, "les plus malins vendaient, de manière à accroître leur bénéfices des objets funéraires destinés aux familles éplorées" .
C’est en 1445 qu’il fallut une ordonnance pour limiter le nombre de crieurs parisiens à vingt-quatre (une sorte de numerus clausus). C’est ainsi que les crieurs renoncèrent à crier le vin pour se consacrer uniquement au deuil et c’est en 1641 qu’un Édit leur accorda le « Monopole des Fournitures Mortuaires ».
Huit mois après la promulgation de cet Édit, un second vit le jour interdisant le racolage mais stipule le Crapouillot « les abus continuèrent ».
Au XVIII ème siècle, la corporation des crieurs semblait riche et puissante et fournissait d’immenses corbillards (ce mot de corbillard vient du fait qu’il désignait le coche d’eau qui menait Paris à Corbeil) ainsi que tous les accessoires, tentures et figurants vêtus de noir…
La Révolution ne changea rien et les crieurs conservèrent leur monopole jusqu’au jour où Napoléon offrit au Clergé, en compensation de ses biens confisqués pendant la Révolution, le fameux décret des Sépultures, daté du 23 Prairial An XII qui stipulait ceci : « Les fabriques des églises et des Consistoires jouiront seuls du droit de fournir les voitures, tentures, ornements et de faire également toutes les fournitures quelconques pour les enterrements et pour la décence ou la pompe des funérailles… ».
Le premier entrepreneur officiel des Pompes Funèbres de la Ville de Paris, le Sieur Bobée, accepta de se charger gratuitement du service commun à la condition d’encaisser la taxe d’inhumation imposée aux familles riches mais il perdit de l’argent mentionne le journal satyrique et on l’autorisa alors de traiter de gré à gré avec la famille ce qui assura sa fortune et obtint même le droit exclusif de faire tous transports et fournir toutes fournitures moyennant une remise de 10 % aux fabriques des églises et des Consistoires!
Mais les fabriques des églises ne se satisfaisaient pas de leur « commission » et les contrats furent révisés et c’est ainsi que les législateurs crurent éviter les abus en créant six classes d’enterrement en plus du service ordinaire et le pourcentage perçut par les églises augmenta de 10 à 25 % puis 50 et 75 % ; "l’entrepreneur quant à lui augmentait ses tarifs proportionnellement et c’est ainsi qu’un Décret fixa un tarif maximum afin d’éviter tout conflit entre l’entrepreneur, les familles et les fabriques".
Les services des Pompes Funèbres montèrent même jusqu’à neuf classes sans que rien ne change véritablement et l"’entrepreneur prospéra jusqu’en 1873".
Mais les abus du parti clérical (pour une fois le journal reconnaît explicitement qu’ils n’étaient pas du seul fait des Pompes Funèbres), allaient précipiter les évènements ; des actes d’intolérance attirèrent l’attention des députés laïques comme la décision du Ministre de la Guerre, le Général du Barail, de ne plus accorder aux enterrements civils le détachement d’honneur qui accompagnait les militaires décédés jusqu’au cimetière et avait fixé par arrêté les heures auxquels ces derniers pouvaient se dérouler et les itinéraires qu’ils empreinteraient !C’est pour éviter de telles brimades que fut votée la loi du 15 novembre 1887 motivant la liberté des funérailles (articles 199 et 200 du Code Pénal entre autre). Après moult tractations, la loi fut votée et promulguée le 28 décembre 1904 dont la proposition initiale avait été présentée sur rapport de Monsieur Fernand Rabier.
Elle retirait leur monopole exclusif aux fabriques, consistoires et autres établissements religieux et le Monopole fut transféré aux Communes au titre de service public et divisant le service en trois parties :
Le service intérieur constituant le monopole des différents cultes limité à la cérémonie religieuse ainsi qu’à la décoration extérieure et intérieure de l’édifice cultuel.
Le service extérieur constituant le Monopole Communal limité aux prestations de service intéressant la Police, la décence, l’ordre public et les fournitures constitutives indispensables comme les poignées, les cires ou les vernis et toutes prestations concernant l’hygiène.
Le service non monopolisé de tout ce que la loi n’avait pas énuméré comme les fournitures intérieures d’un cercueil telles que les garnitures capitonnées ou non, les plaques commémoratives, les croix ou les emblèmes.
Après que le Conseil eut émit le vœu que le Parlement confère à la Ville de Paris le Monopole exclusif des transports de corps par corbillards, fourgons et berlines, des tentures extérieures et intérieures des maisons mortuaires, la fourniture des cercueils, mixtures et accessoires, la pensée dominante du législateur avait été d’assurer la liberté de conscience en prescrivant notamment que les communes étaient tenues de constituer leur matériel en vue d’obsèques religieuses de tout culte autant que d’obsèques dépourvues de tout caractère confessionnel.
La loi, accordant d’autre part aux Communes de prélever des taxes pour assurer les ressources nécessaires à l’entretien des cimetières, aux frais du service et à l’inhumation des indigents, des conflits éclatèrent de telle sorte qu’une circulaire datée du 25 février 1905 fut instaurée jugeant utile de rappeler aux municipalités qu’il ne conviendrait pas, sous couvert de taxes d’inhumation, de « spéculer sur le sentiment qui porte des familles à honorer leur membre décédés et d’établir, en quelque sorte, un impôt sur la mort » (on en reparle en 2008 avec le taux de TVA).
C’est ainsi qu’il fut décrété que les municipalités n’étaient pas contraintes d’exploiter elles mêmes le monopole du service extérieur des Pompes Funèbres, c’est à dire en régie directe mais qu’elles avaient la possibilité de déléguer la concession à une entreprise privée.
Le Crapouillot précise que la contre attaque ne tarda guère avec la promulgation de l’article 467 du Code de l’ Administration Communale qui interdisait formellement aux entreprises privées de Pompes Funèbres de faire emploi dans leurs enseignes, leurs annonces, affiches, imprimés ou placards de publicités, de termes ou de mentions tendant à créer une confusion avec les monopoles ou services municipaux. C’est ainsi que l’auteur résume en ces termes « Dans la course aux concessions commencée en 1905, la Société des Pompes Funèbres Municipales est arrivée en tête du plus grand nombre de municipalités, suivie de près par la firme Roblot qui a étendu plus spécialement son rayon d’action dans le sud-est de la France ».
« Le Journal Officiel du 21 août 1947 a même reproduit le modèle d’un cahier des charges type pour concession de service extérieur des Pompes Funèbres, c’est dans ce cahier que sont précisées les obligations du concessionnaire (gratuité de service pour les indigents etc), il n’y a que la Ville de Paris qui a conservé son Monopole et qui l’exerce en régie directe".
En revanche toutes les autres communes du département de la Seine (sauf Colombes et Bois Colombes ont concédé la leur à une seule et même entreprise……La Société Anonyme Des Pompes Funèbres Générales ».
Le Crapouillot, illustre journal satyrique , avait décidé en juin 1966 de jeter son dévolu sur l’activité des Pompes Funèbres par l’intermédiaire d’une enquête dirigée par Monsieur Jean-Jacques PAUVERT.
Après avoir longuement expliqué les origines et la naissance de la loi de 1904, ce dernier arrivât très habilement à intituler l’une de ses rubriques « le trust du deuil » dont voici les passages les plus…. Croustillants !
Monsieur Pauvert relate l’histoire de ce Procureur à la retraite qui, pendant cinq années consécutives (de 1927 à 1932) se fit à la lettre le défenseur de la veuve et de l’orphelin et avait choisi de s’attaquer « aux profiteurs des derniers moments de l’existence : ceux qui vivent très bien de la mort des autres et plus particulièrement aux Pompes Funèbres Générales ».Monsieur Perron qui passait son temps à dénoncer par voies de presse (La Dépêche Républicaine notamment) telles ou telles méthodes de tarification émanant de cette société alla même jusqu’à faire publier des preuves accablantes de ces pratiques mais malgré la violence des accusations, cette dernière ne fit l’objet d’aucune demande de rectification.
L’article va même jusqu’à mentionner l’augmentation de capital de la Société Anonyme fondée en 1898 par Monsieur Joseph Husson, entre les années 1956 et 1965 (+ 400 %) et de l’augmentation de la valeur constante des actions ; de plus la liste des informations mentionne l’adresse, le nom des responsables de l’époque, le bénéfice net de l’exercice de 1965 et les différentes entreprises siégeant au Conseil d’administration.Cette « révélation » poussera le Conseil Municipal de Besançon, dont cette société était l’unique concessionnaire du Monopole, a ouvrir une enquête mais la dite Commission aboutit rapidement à un non-lieu. Un scandale identique éclata à Troyes à la même époque et le journal local relatait en première page « la grande manifestation de protestation devant la bourse du travail, Place Jean Jaurès, pour la résiliation du Contrat des Pompes Funèbres et la démission des prévaricateurs (des corrompus) ».
Contrairement à celui de Besançon, le scandale de Troyes aboutit à une triple sanction à commencer par le remboursement des sommes indûment encaissées, une amende de 10.000 Francs par le Maire et une action en résiliation de contrat fut intentée par la Municipalité devant le Conseil de Préfecture de Chalons-Sur-Marne.Le journal expliquât également la manière de procéder des Pompes Funèbres pour conquérir de nouveaux marchés, bâtir, étendre et consolider leur « gigantesque Trust du deuil » allant même jusqu’à citer des testaments comme celui de Paul Léautaud (écrivain français né en 1872) qui fît un bien mauvais client pour les Pompes Funèbres puisque ce dernier, très explicite, formulait le vœu d’être enterré dans la plus grande simplicité et incinéré au plus bas prix possible sans que ne soit prévenu aucune personne pas même son propre frère !
Les articles parus dans le Crapouillot relataient également les copies de télégrammes envoyés par une société de Montbard, fabricant des articles de deuil, à ses opérateurs de Pompes Funèbres, du succès grandissant d’un nouveau produit…Les fleurs en plastique ! A n’en pas douter un produit d’avenir qu’allaient s’arracher les familles françaises…
Le journal ira même jusqu’à citer une note du Journal des Finances du 8 janvier 1965 qui disait « Si tant est que l’augmentation de la durée moyenne de la vie vienne réduire, momentanément du moins, son activité, la multiplication des accidents meurtriers de la route rétablira, hélas ! facilement l ‘équilibre. D’autre part, si l’on peut considérer comme un facteur d’expansion, pour des sociétés telles que Materna ou Prenuptia, la croissance démographique dont font état les statistiques, il faut bien admettre que l’activité des Pompes Funèbres s’en trouvera aussi accrue un jour ou l’autre ».
Les pourboires étaient aussi attaqués en expliquant qu’ils étaient donnés officiellement mais facturés officieusement par l’entreprise selon la classe choisie mais encore selon des critères de signes extérieurs de richesse du client et ces « journalistes » comparaient les bénéfices des Pompes Funèbres de l’époque aux plus grandes entreprises françaises du moment comme Rhône-Poulenc, la Française des Pétroles, Saint Gobain ou encore Renault
Les pratiques de rémunération des grands dirigeants de ces fameuses multinationales françaises ne choquaient pas mais ceux des Pompes Funèbres étaient détaillés de manière à fustiger l’entreprise de Pompes Funèbres.
Seule la ville de Tours s’offrait les bonnes grâces du journal satyrique car elle avait su reprendre son monopole à son concessionnaire en organisant son propre service de Pompes Funèbres et était considérée comme l’une des plus modernes du moment.
« Il fallait dans une ville bourgeoise, vaincre le préjugé ancien. L’étiquette « Service Municipal » avait conservé un caractère péjoratif, explique l’un des responsables, nous avons donc réalisé des services impeccables et même luxueux, avec des cercueils de première qualité au prix des services ordinaires…Nous avons même bouleversé les traditions en lançant les tentures violettes, à la romaine ».Le Maire de Tours avait même décidé de limiter à trois classes les enterrements arguant que les indigents seraient enterrés comme les autres « ce qui n’empêche pas la Ville de Tours à procéder à 80 % des convois de l’année et à équilibrer parfaitement son budget ».
Que fallait il de plus au Crapouillot pour encenser la Ville de Tours et la monter au faîte des Régis les plus vertueuses et honnêtes de la profession ?
Menton est également cité en exemple avec la création du premier funérarium de France en 1962 par l’entreprise Roblot (ceux qui ont eu l’opportunité d’effectuer leur stage pratique de thanatopracteur à Nice auprès de Jean-Pierre Giuge ou de Yves Fourrier ont certainement eu l’occasion de s’y rendre ) suivi par la création du second établissement de France à Villeneuve-Saint-Georges par les Pompes Funèbres Générales qui, étrangement, ne rencontre pas la même estime que son confrère car la construction aurait été jugée trop chère pour l’époque.Les articles suivants s’intitulèrent « Un marché fragile » (par Robert Miquel) du fait de la non autorisation de la publicité et des « ruses » employées par les entrepreneurs de Pompes Funèbres pour rabattre le client chez soi plutôt que chez le concurrent ou encore « Le convoi de 14 heures » (par Jean Cau) qui relatait que « ‘enterrer un pauvre ou enterrer un chien ne faisait guère de différence » (photos à l’appui) puis en flânant de pages en pages vous trouverez aussi « La pièce en 5 actes » qui est un document commercial (une plaquette illustrée) réalisé à l’attention des représentants de la firme avec recommandation expresse de ne jamais perdre plus de dix minutes de son précieux temps auprès d’un client éventuel mais aussi « La course au cadavre » tirée de confidences soustraites à un régleur de convoi.
Le plus affligeant reste sans doute l’article écrit par Jacques Delarue « Si vous vous réveillez dans votre cercueil » qui affirme qu’environ 1 personne sur 500 était inhumée vivante du fait de la délivrance trop hâtive des permis d’inhumer et des progrès constants de la médecine avec nombreux exemples à l’appui et notamment la lettre manuscrite de Frédéric Chopin qui disait « Comme cette terre m’étouffera, je vous conjure de faire ouvrir mon corps pour que je ne sois pas enterré vif… »
Et comme le reportage se devait de bien finir, on publia « l’humour et la publicité » en détaillant des faire parts mortuaires humoristiques du décès de Madame Veuve Nicotine grâce à l’emploi des Cachou Lajaunie…
Si tant est que l’on puisse faire des commentaires, on peut simplement dire que de tout temps, quelque soit l’époque, notre activité n’a cessé d’attiser la curiosité, bien souvent malsaine et déplacée, véhiculant un nombre considérable d ‘ « idées reçues » ou toutes faites bien plus aisées à écrire que de faire une enquête de fond précise et minutieuse qui aurait pu expliquer les différentes compétences que regroupe l’activité des Pompes Funèbres. A quand un article de presse sur le rôle de chaque intervenant (car si on les énumère on doit pouvoir arriver à environ 10 personnes distinctes) mentionnant leur fonction, leur qualification, leur responsabilité, leur implication dans cette tâche ; la raison pour laquelle ils se sont orientés vers cette activité plutôt qu’une autre, ce qu’ils en retirent….
En bref, démontrer à nos concitoyens que cette activité de service public se doit de rester telle qu’elle est car elle fait vivre des gens impliqués et rigoureux qui n’ont de cesse de se remettre en question afin d’offrir aux familles endeuillées non seulement une prestation conforme à leurs attentes mais aussi un réconfort et une oreille attentive à leurs interrogations.
Une chose est sûre, la plupart de ces censeurs seraient à n’en pas douter, absolument incapables, si on leur demandait, d’effectuer le travail qui est le notre dans le respect et la dignité qui nous caractérise et ce pour deux raisons essentielles :
D’une part, par méconnaissance mais d’autre part par phobie et répugnance de tout ce qui peut avoir attrait de près ou de loin au monde du funéraire et …. de la mort.La critique, aussi acerbe et amère puisse t-elle être, semble être le seul moyen que ces derniers aient découverts pour l’exorciser sans doute, pour la fuir probablement, pour l’éviter, incontestablement pas ...
Régis Narabutin, Artisan thanatopracteur et Mouleur d’ Art mortuaire
2. Régis Le 03/12/2008 à 14:48
1. joaquin Lopez Le 03/12/2008 à 12:45
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