Les calvaires.
Au hasard de petites routes de Bretagne ou au cœur des enclos paroissiaux, le promeneur croise fréquemment ces petits édifices, généralement en granit. Les calvaires sont des ouvrages narratifs qui ne représentent pas forcément les miracles de Jésus. La dévotion de l’époque (à partir du XVI ème siècle) était plutôt liée à l’humanité du Christ (et de la Vierge Marie), sa naissance, sa vie, sa souffrance et sa mort. Certains d’entre eux relataient les épisodes de l’histoire sainte et étaient considérés comme « la bible des pauvres ». On en distingue trois sortes :
Tout d’abord, on trouve les calvaires monolithiques qui ne sont pas les plus anciens mais sont généralement constitués en un seul bloc de pierre (avec ou sans base) et relatent une histoire ou un fait marquant. Beaucoup d’entre eux furent érigés pour conjurer la peste de 1598 ou même en action de grâces après sa disparition.
On distingue aussi les calvaires à une seule croix, le plus célèbre de tous reste celui de Guimiliau (29) qui comprend plus de 200 personnages et qui fait partie des sept calvaires monumentaux bretons!
Enfin, on remarque les calvaires à croix multiples, (généralement trois) représentant la crucifixion de Jésus et des 2 larrons.
La structure du calvaire est composée d’une base surmontée d’un mace (appellation qui désigne un massif en pierres de taille plus ou moins architecturé, généralement rectangulaire) et d’une frise sur lesquelles reposent trois fûts. Le premier sur la gauche symbolise le « bon » avec un ange, celui de droite symbolise le « mauvais » avec le diable et le fût central, bien plus haut que les deux autres possède généralement deux branches sur lesquelles on trouve la Vierge à gauche et St Jean à droite. Encore au-dessus on aperçoit un croisillon supérieur sur lequel figurent des cavaliers et surplombant cet édifice on remarque le crucifix (INRI).
Certains d’entre eux possèdent des « croisettes » qui servaient aux porteurs à pied lors de cérémonies funèbres. Ces derniers portaient le cercueil à dos d’homme et à certains croisements, déposaient le cercueil sur cette pierre plate que l’on nommait ainsi car elles se situaient aux croisements de chemins(3).Les plus connus et surtout les plus anciens se situent pour les Côtes d’ Armor à Bulat-Pestivien (1550) et à Kergrist-Moëlou (1578).Celui du Finistère comme Guimilliau qui a été sculpté vers 1581 doit son originalité à la grande simplicité de la crucifixion sous laquelle fourmille un monde de personnages en mouvement.Les arcades percées dans les contreforts permettaient de processionner.
La niche qui abrite la statue de Saint-Pol-Aurélien est encadrée de colonnes cannelées et au-dessus, sur la plate-forme, figure une Résurrection aux nombreux gardiens.La gueule du Léviathan qui évoque dans l’art chrétien les limbes devient ici la gueule de l’enfer où des démons tentent d’introduire « Katell Golet »(1). La libération d’ Adam et Ève par le Ressuscité est placée à côté.Celui de Brasparts est un tout petit peu plus récent bien que celui de Tronoan de forme rectangulaire et sur deux niveaux soit certainement l’un des plus anciens (1450).
Au pied de la cathédrale des dunes, éclairé le soir par les rayons du phare d’ Eckmühl, le calvaire de Tronoan se dresse à deux pas de l’océan au fond de la baie d’Audierne. Le socle monumental supporte les trois croix et la frise « bible de pierre », fondée sur les récits évangéliques ; tout cela sculpté dans la pierre de Kersanton. Plus surprenant encore, la Vierge de l’adoration des Mages est couchée les seins dénudés !
L’Ille et Vilaine, la Loire Atlantique et le Morbihan sont également pourvus en calvaires comme ceux de Pléchatel (35), Pontchâteau (44) avec ses statues grandeur nature ou Guéhenno (56).Les sept calvaires monumentaux de Bretagne dont Guimiliau et Troanan font partie, il reste cinq autres édifices :
Le calvaire de Guéhenno qui fut construit en 1550 est le plus à l’est des grands calvaires. Il a été profondément remanié au XIX ème siècle après avoir été ravagé pendant la Révolution. Parmi les scènes d’origine, on remarquera la Piéta et la Mise au Tombeau
Le calvaire de Pleyben est construit sur un massif en forme d’arc de triomphe, il a été construit entre 1738 et 1742 et taillé dans la pierre de Kersanton (aujourd’hui pratiquement introuvable). On y trouve des groupes sculptés dès 1555 et ce n’est qu’en 1650 que Julien Ozanne a ajouté sur la frise Est trois groupes supplémentaires ainsi que la Cène. La Mise au Tombeau et la Résurrection du Christ sont les groupes les plus remarquables.
Le calvaire de Plougastel date des années 1602, 1603,1604, ce dernier aurait été élevé à la suite d’un vœu fait pour obtenir l’arrêt de la propagation de la peste. Sur la frise et la plate-forme s’alignent près de deux cents personnages dans une position hiératique qui confère à l’ensemble une grande solennité. Seule la représentation de l’enfer où les démons retiennent Katell Golet(1) interrompt ce silence de la pierre.
Le calvaire de Plougonven a été édifié en 1554 et il est composé de trois croix (calvaire à croix multiples) et de groupes sculptés en pierre de Kersanton (2). Parmi tous les personnages, deux retiennent l’attention : Le Mage de race noire dans l’ Adoration des Mages et le diable à tête cornue, au rictus impressionnant dans la Tentation du Christ au Désert. Sa particularité est qu’il constitue la pièce maîtresse d’un enclos paroissial sur une butte dominant les Monts d’Arrée.
Le calvaire de Saint Thégonnec, daté de 1610. Son iconographie se concentre sur le récit de la Passion et de la Résurrection du Christ. Toutefois, la scène de la Crucifixion reprend ici sa place essentielle.
Les scènes contées sur les calvaires bretons sont classées en deux catégories :
Les périodes de Prélude telles que l’ Annonciation, la Visitation, la Nativité, les Mages, la fuite en Égypte, la Présentation, Jésus parmi les docteurs de la loi (les gardiens du temple et représentants de la caste sacerdotale), le Baptême et enfin la Tentation.
Les périodes de Postlude qui comprennent l’entrée dans Jérusalem, la Cène, le lavement de pieds, l’agonie de Jésus, l’arrestation chez le Grand Prêtre, le reniement de Pierre chez Pilate, le Chemin de Croix, la crucifixion et donc la mort de Jésus, la Piéta, l’ensevelissement et enfin la résurrection.
Quant aux personnages les plus évoqués, on distingue André, l’apôtre de Jésus et frère de Pierre, les Anges (Gabriel, de l’ Annonciation et Michel).
Certains autres anges d’une taille réduite recueillent le sang du Christ dans un calice entretenant ainsi la légende du Graal.Quelques rares calvaires représentent les douze Apôtres mais les plus communément sculptés restent Pierre, Paul et Jean que l’on retrouve dans la Cène, la Crucifixion, la Pietà et l’Ensevelissement.
Les Bergers qui symbolisent les pauvres accueillant et hébergeant Marie et Joseph dans leurs étables.
Le Diable souvent représenté d’une façon vilaine et difforme et qui représente les scènes de tentation porte plusieurs noms selon la région, parfois on dira « Pôtr he ivino houarn » (l’homme aux ongles de fer), « Pôtr he dreid marc’h » (Le gars aux pieds de cheval), « Cornik » (Le Cornu) ou encore « Pôtr Rouz » (l’homme Roux). Un dicton trégorrois dit ceci : « An diaoul zo eun dèn honest : na c’houll man evit man » ce qui signifie « Le diable est un honnête homme, il ne demande rien pour rien ».
Les Évangélistes que sont Mathieu accompagné soit d’un homme soit d’un ange, Marc suivi d’un lion, Luc sculpté avec un bœuf et enfin Jean avec un aigle.
Les Docteurs de loi qui sont les gardiens du temple
Les Grands Prêtres (les juges de Jésus).
Les dolmens qui étaient des tombeaux souvent surmontés d’un tumulus à ne pas confondre avec les mégalithes qui étaient d’origines celtiques; ces édifices, antérieurs à la christianisation du peuple breton étaient d’anciens lieux de culte dévoués à des divinités antiques et à des génies païens. Très tôt, le principe de la pierre dressée vers le ciel fut adopté par les hommes du néolithique (entre –5000 à – 2000). Dans ce cas, on parlera de mégalithes cultuels.
Pour l’époque , Cela relevait du défi de pouvoir dresser ces colosses de pierre dont certains avoisinaient les 340 tonnes, quelque uns servaient de lieu d’incantations à des dieux et déesses païens et d’autres étaient utilisés en tant que repères astrologiques.
L’un des plus connus est le Menhir de Champ Dolan à Dol De Bretagne (Ille et Vilaine) qui étonne par ses mensurations, presque 10 mètres de haut, entièrement en granit et étant donné la distance entre la carrière la plus proche et le lieu où il se dresse cela laisse supposer qu’il a été transporté sur environ 4 km !
Ce n’est que vers le XIII ème siècle que ce dernier fut « christianisé » et que l’on trouva les premières croix de granit.
Lorsqu’ils n’ont pas été détruits, les menhirs « christianisés » prirent plusieurs formes :
Des croix furent érigées à côté du menhir ou dans les environs proches
Le menhir était surmonté d’une croix ou d’une statue biblique
Une niche était creusée dans le menhir pour y abriter une statue
Le menhir était sculpté en bas-reliefs sur une face et représentait des instruments de la Passion
Les calvaires sont des ouvrages d’art qui ne peuvent s’admirer qu’en Bretagne car ils n’ont pas fait école dans le reste de l’ Europe ; ils sont tous datés mais on ne possède pas d’archives relatant leur construction, certains étaient peints suivant les possibilités financières des donateurs.
Et même si l’église souhaite faire oublier ces pratiques ancestrales, les Bretons continuent parfois à offrir des offrandes aux menhirs comme cette tradition d’enduire de beurre ce dernier avant que les femmes stériles ne se frottent le ventre pour devenir fécondes…On distingue les Calvaires des Croix, les premiers sont d’origines celtes avec une influence chrétienne suite à l’évangélisation de la Bretagne, les deuxièmes sont d’abord un signe chrétien puisqu’elles expriment la foi.
Les croix ont longtemps été des sortes de repères comme des panneaux indicateurs d’une époque aujourd’hui révolue ! A ce sujet on distingue plusieurs genres de croix telles que :
Les croix de limites qui pouvaient marquer la limite de deux domaines comme la croix de mi-grève qui symbolisait la séparation entre la Seigneurie épiscopale de Saint-Malo et le Compté du Plessis-Bertrand.
Les croix évènementielles qui datent plus du XIX ème siècle et qui immortalisaient le théâtre d’une scène tragique comme un accident ou un crime, les plus célèbres sont les sept croix groupées à la sortie de Plélan-Le-Petit (22) qui rappellent l’assassinat de sept personnes durant une nuit de Noël. A côté de l’ Île Grande (22) se trouve une minuscule île, Enès Aganton (l’ Île Canton), on y remarque deux croix de granit plantées à cent cinquante pas environ l’une de l’autre. La croyance veut qu’elles se rapprochent tous les sept ans de la longueur d’un grain de blé, quand elles se rencontreront, ce sera la fin du monde…
Les croix doubles qui ont plusieurs significations selon les époques et les lieux. Certaines traditions les présentent comme des lieux de repos lors de processions funèbres, d’autres les envisagent comme la croix « tombale » d’un couple et à notre époque, elles seraient plutôt vues comme le lieu mémorial d’une union…
Les croix littorales quant à elles sont construites à l’aplomb des falaises et bien souvent face à la mer, on les trouve en nombre très important sur tout le littoral armoricain et elles exercent une fonction double. D’une part, elles servent de lieu de mémoire suite à une tempête ou un naufrage, d’autre part elles sont considérées comme une prière permanente destinées aux marins.
Les croix de cimetières, on les trouvait autrefois au sein de l’enclos paroissial (à partir du XIX ème siècle car avant les défunts reposaient dans l’ossuaire).
Les croix pattées que l’on ne retrouve pas qu’en Bretagne (aussi les régions centrales et méridionales), elles se dessinent comme des stèles monolithiques et sont taillées dans la granulite ( granit à très gros grains) ou dans le schiste. On y trouve parfois un cercle à l’intérieur, symbole qui évoque l’éternel recommencement ou la roue solaire.
Les croix à double traverses, la plus plausible des explications semble que ces croix furent rattachées à l’ancien évêché de Dol, élevé au titre d’archevêché par Nominoë qui fut couronné Duc de Bretagne dans la cathédrale de Dol en 848 (et ce jusqu’en 1199).
Les croix à inscriptions qui se situent très souvent dans la région de Combourg, ces croix sont très fragiles et les inscriptions sont très difficilement déchiffrables. La plupart d’entre elles portent les lettres « JSH » (Jésus Sauveur des Hommes). Elles datent du XVII ème siècle pour la plupart.
Et enfin les croix templières, érigées par les Templiers avec l’accord du Duc Conan le Gros lorsque ces derniers construisirent des commanderies à travers toute la Bretagne, certaines d’entre elles sont poinçonnées d’une croix de Malte.
Les enclos paroissiaux.
L’enclos paroissial est très répandu en Bretagne, on le rencontre dans les bourgs bretons et il symbolise la rencontre entre le monde des vivants et celui des défunts (entre le sacré et le profane.)
Cet endroit est considéré comme sacré par les habitants car chaque dimanche, ces derniers y retrouvent leurs proches tant défunts que vivants. A cette époque, la mort n’était pas un sujet tabou, on vivait avec (ou tout du moins on apprenait à vivre avec) et ce rapport était teinté de « merveilleux », d’ « allégorie » et de « poésie ». Le Breton, grâce à son héritage celte pratiquait une cohabitation fantasmatique avec la mort.
L’architecture d’un enclos est très spécifique. Il se constitue de quatre éléments indissociables :
Le cimetière dont les inhumations étaient faites ad sancto, c’est à dire vers les murs de l’église. L’arbre consacré des cimetières bretons est l’if, il n’y en a habituellement qu’un seul et l’on dit qu’il y pousse une racine dans la bouche de chaque mort.
L’église Celle de Plougonven par exemple a été construite de 1507 à 1523 et a été partiellement détruite par un incendie en 1930 (reconstruite en 1933). Sa particularité tient du fait qu’elle conserve sur son côté Nord des statues anciennes de Sainte Barbe, Saint Joseph, Saint Jean-Baptiste et une Piéta. De même, sur son mur Sud, on y observe Saint Yves (le Patron de la paroisse), Sainte Anne portant la Vierge qui porte elle même Jésus enfant ainsi que Saint François d’Assise.
L’ossuaire pour ne parler que de Plougonven est remarquable par ses fenêtres à arcades trilobées, il date du XVI ème siècle ; ses reliques et ossements ont été transférés en 1884. L’ossuaire de Saint Thégonnec (29) renferme le trésor de la paroisse dans lequel on trouve une croix processionnelle en vermeil à double traverse offertes par les Seigneurs de Penhoat en 1610 ! Traditionnellement à la Toussaint, après les « vêpres de l’ Anaon » (Anaon en breton signifie l’âme) , avait lieu la « procession du charnier », par les sentiers entre les tombes, la foule se dirigeait vers l’ossuaire, clergé en tête et le prêtre entonnait un air lugubre.
Le calvaire de Plougonven a été érigé en 1554 et il est le second en importance après celui de Tronoan (ou Tronoën). Il a été restauré par Yan Larc’hantec et représente les principales scènes de la vie et de la passion du Christ (celui de Guimiliau est réparti sur deux étages, vingt-cinq scènes et près de deux cents personnages).
Au premier niveau on distingue aisément l’ Annonciation, la Visitation, la Nativité, l’ Adoration des Mages, Jésus au temple, le Baptême de Jésus, la Tentation au désert, l’ Arrestation de Jésus et Saint Yves entre les deux plaideurs.
Au deuxième niveau on aperçoit la Flagellation, le Couronnement d’ Épines, Jésus devant Pilate, Véronique et les Femmes de Jérusalem, Jésus portant sa croix, la Mise au Tombeau de Jésus, la Visite de Jésus aux Enfers et Jésus ressuscite.
Tout en haut, on observe Jésus en croix avec sa Mère et Saint Jean, les deux larrons, deux soldats et au-dessous Jésus est descendu de la croix pour être mis au tombeau.
Une des particularités de ce calvaire est que les costumes (sauf ceux de Jésus et de la Vierge) sont ceux que les paysans et les bourgeois du XVI ème siècle portaient !
On entre généralement dans l’enclos paroissial (celui de Plougonven a été classé par les Beaux-arts et date du XVI ème siècle) par une porte monumentale appelée aussi arche triomphale ou « porz a maro » en breton qui signifie "porte de la mort". Cette dernière figure l’entrée du juste dans l’immortalité en soulignant la notion de « passage » que l’on retrouve dans les rites liés à la mort.
Un mur d’enceinte entoure un cimetière minuscule et comme ce dernier est très limité, les reliques des morts devaient être exhumées fréquemment pour laisser la place aux nouveaux défunts.Les ossements étaient alors entassés dans des petits réduits, percés de trous d’aération, qu’on élevait contre l’église.
La «mode» des enclos paroissiaux s’ éteignit en 1695 par un décret royal confirmé par le Parlement de Bretagne sept ans plus tard, interdisant les constructions religieuses nouvelles sans nécessités reconnues….
L’ « Ankou » est un personnage signifiant la mort (ou la misère) elle est représentée tantôt sous la forme d’un squelette tenant une faux dont le tranchant est tourné en dehors et drapé d’un linceul (dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale afin qu’il puisse embrasser d’un seul coup d’œil toute la région qu’il a mission de parcourir) tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs et la figure ombragée d’un large feutre. Elle jouxtait l’ossuaire et rappelait que le monde des morts cohabitait avec celui des vivants.
Le char de l’ Ankou « karrik ann Ankou » est traîné par deux chevaux attelés en flèche, celui de devant est maigre, efflanqué et se tient difficilement sur ses jambes, l’autre est gras et franc du collier et l’ Ankou se tient debout dans la charrette. Elle est escortée par deux compagnons à pied, le premier « conduit » le cheval de tête à la bride, l’autre a pour fonction d’ouvrir les barrières des champs ou des cours et les portes des maisons et également d’empiler dans la charrette, les morts que l’ Ankou a fauchés.
L’ Ankou avait deux pourvoyeuses principales, la Peste (« Ar Vossenn » en breton) et la Disette (Gernès en breton signifie la Cherté), elle en avait même une troisième, la Gabelle (Ann Deok kolen, le droit du sel en breton) mais elle a été supprimée par la Duchesse Anne.
Dans son livre « La légende de la mort », Anatole Le Braz relate qu’ à Plégat Guerrant, sur le bord du chemin vicinal de Guerlesquin, il y a une fontaine appelée Feunteunan-Ankou (la Fontaine du Trépas). « Celui qui veut être renseigné sur son destin n’a qu’à s’y rendre la première nuit de mai, sur le coup de minuit et à s’y pencher au-dessus de l’eau. S’il doit mourir sous peu, au lieu de son image vivante, c’est la tête qu’aura son squelette qui apparaîtra ».
Petit à petit, ces nécropoles sont devenues de plus en plus imposantes et plus soignées architecturalement et prirent la forme de reliquaires pour enfin servir de chapelles funéraires.
Au sein de cet enclos figuraient bien entendu un calvaire et une église.
Les églises et les chapelles renferment, encore à l’heure actuelle, des vitraux absolument époustouflants, des bannières, des retables de bois ou de pierre d’une polychromie quasi intacte et bien entendue des statues de Saints bretons. A Landerneau (29), une église représente la Vierge Marie les seins dénudés et il semblerait que ce soit la seule de toute la chrétienté !
Les Saints Bretons :
Ils désignent des personnes originaires de Bretagne ou dont la vie s’est déroulée en Bretagne et qui sont réputés pour leur foi catholique et leur héroïcité spirituelle.
La plupart d’entre eux ont été désignés par le peuple car finalement peu ont été vraiment reconnu par l’Église.
On distingue les sept Saints Fondateurs arrivés du Pays de Galles et de la Cornouaille Anglaise ver les Vème et VIème siècle. Ce sont eux qui apportèrent le Christianisme en Armorique. Ils furent d’abord persécutés par les Paganistes durant la période paléochrétienne et émigrèrent en Irlande massivement pour se renforcer. Ils revinrent en force et renversèrent les rôles en persécutant à leur tour les Paganistes :
Saint Samson, évêque de Dol
Saint Mac Law, évêque de Saint Malo
Saint Brieuc, évêque de Biduce, devenu Saint-Brieuc
Saint Tugdual, évêque de Tréguier
Saint Pol Aurélien, évêque d’ Occismor, devenu Saint-Pol-De-Léon
Saint Corentin, évêque de Quimper
Saint Paterne, évêque de Nantes.
Ils sont réputés pour avoir fondé les sept évêchés qui existaient au Moyen-âge et qui ont joué un rôle important lors de l’immigration d’une partie des Bretons d’Outre-Manche.
Ces sept évêchés font d’ailleurs partie du Tro Breizh (Tour de Bretagne) qui est un pèlerinage catholique qui relie les sept villes des sept Saints Fondateurs de la Bretagne.
Le Tro Breizh se faisait à l’origine en un mois et 600 kilomètres de marche et l’une de ses spécificités est qu’il était circulaire car la dernière étape du pèlerin le ramenait à son point de départ.
Une vieille légende Bretonne raconte que ceux qui n’effectuent pas « leur » Tro Breizh au moins une fois de leur vivant seront condamnés à le faire dans l’ Au-delà, en avançant de la longueur de leur cercueil, une fois tous les sept ans !
Le « pardon » est une tradition toujours d’actualité de nos jours qui consiste à demander grâce à un Saint en particulier. C’est une fête patronale qui regroupe les fidèles d’une ou plusieurs paroisses.
La messe solennelle est suivie d’une procession durant laquelle on érige fièrement les bannières, les reliques (celles de Saint Yves par exemple, patron des avocats), des statues et des croix portées par un cortège et chantant des cantiques la plupart du temps en Breton.
La cérémonie s’achève par une fête profane avec danses, musiques et jeux traditionnels. Le plus célèbre des pardons est celui de Sainte Anne d’ Auray qui regroupe plus de vingt mille fidèles !
Lors de la cérémonie des pardons de la mer, le prêtre et les reliques embarquent sur le bateau et ce dernier procède alors à la bénédiction de tous les bateaux du port comme lors du pardon de Saint Jacques à Locquirec (29) ou lors de la Bénédiction des Courreaux à Groix (56).
Enfin, la tradition veut que le cimetière de Lanrivoaré abrite 7847 Saints ….
Bibliographie :
Florian Le Roy, La Bretagne des Saints, éd. André Bonne, 1959
René Largillière, Les Saints et l’organisation bretonne primitive dans l’ Armorique bretonne, éd. Armeline, Crozon, 1995
Yannick Pelletier « Les enclos bretons » aux Éditions Jean-Paul Gisserot
Eugène Royer et Joël Bigot « Les calvaires bretons » aux Éditions Jean-Paul Gisserot
« Katell Golet » Dans la mythologie chrétienne de cette époque, Katell Golet est l’opposé de Marie-Madeleine. Elles sont toutes les deux la femme offerte aux passions masculines de la cité. Elles symbolisent chacune le péché et sont rejetées par la société. Tandis que Marie-Madeleine est représentée corps tendu vers Jésus crucifié, elle est la pécheresse pardonnée ; Katell Gollet quant à elle persuadée de sa volupté est la proie « voluptueuse » des monstres cornus.
La pierre de Kersanton (d’origine volcanique) était tirée d’une carrière qui se trouvait sous le niveau de la mer, elle était plus facile à tailler car l’humidité la rendait plus malléable. C’est en séchant qu’elle se durcissait et on constate à présent que les statues qui ont été taillées dans cette pierre se sont bien mieux conservées que celles qui ne l’ont pas été. La carrière est à présent fermée et il est extrêmement difficile de retrouver ce type de pierre.
Arnold Van Gennep (Ethnographe et sociologue) Manuel du folklore français contemporain
A CHACUN SON SAINT…
La Bretagne est riche de Saints en tous genres et les Bretons entretiennent une relation quasi familière avec eux.
Ils sont restés fidèles à leurs traditions polythéistes héritées des celtes malgré les actions du Clergé.
La famille des Saints Bretons est grande, environ huit mille et les principaux sont bien entendus les sept Saints fondateurs des évêchés armoricains . On y trouve Saint Patern (Vannes), Saint Corentin (Quimper), Saint Brieuc (Saint Brieuc), Saint Tugdual ( Tréguier), Saint Samson (Dol), Saint Malo (Saint Malô), et Saint Paul Aurélien (Saint-Pol-De-Léon).
Hormis les sept fondateurs, les Bretons affectionnent tout particulièrement d’autre Saints comme Sainte Anne, épouse de Joachim et mère de la Vierge. Les premiers missionnaires qui évangélisèrent l’ Armorique, lui portèrent une grande vénération. En août 1623, une femme mystérieuse se révèle à Yves Nicolazic dans un champ non loin d’ Auray et lui indique qu’autrefois une chapelle lui était dédiée et qu’elle souhaita qu’elle soit rebâtie. Quelques semaines plus tard, le pauvre bougre découvre une statue à l’endroit même indiqué par la sainte …..Emplacement actuel de la basilique de Sainte Anne d’Auray. Son pardon est célébré le 26 juillet par quelques vingt mille pèlerins !
Saint Ronan est arrivé en Pays de Léon au VII ème siècle pour y trouver la solitude. Après s’être installé dans la forêt du Névet en Cornouaille avec l’aide d’un paysan, la femme de ce dernier cherche à nuire à Ronan et le calomnie de tous les maux. Il décide donc de quitter la Cornouaille pour Hillion, près de Saint-Brieuc.
Sentant la fin proche, il confia qu’aussitôt trépassé, on le mette dans un chariot attelé de deux bœufs, lesquels le conduisirent à travers le pays jusqu’à l’endroit de son ancien ermitage (et accompagné par trois évêques)… Emplacement actuel de l’église de Locronan et de la chapelle du Pénity, construites pour y abriter son tombeau.
La tradition populaire raconte que le bon saint faisait chaque jour à jeun une sorte de procession autour de son ermitage pour chasser les loups et protéger les troupeaux et que, une fois par semaine, il refaisait ce parcours sur un rayon plus étendu. C’est ce qui aurait donné naissance aux processions de la Troménie que l’on fait tous les ans à Locronan, célébrée le deuxième dimanche de juillet et à la Grande Troménie que l’on fait tous les six ans (environ 10 kilomètres).
Saint Yves , patron universel de la Bretagne, né en 1253 près de Tréguier est devenu magistrat à Rennes et à Tréguier et était aussi le recteur d’une petite paroisse en 1284. Il se distinguait par sa justice et son amour des pauvres auxquels il consacrait son temps. Ce qui lui valut le surnom d’ « avocat des pauvres » . Il fut canonisé par Rome en 1347, ses reliques reposent dans la cathédrale saint Yves de Tréguier (22) et donnent lieu à un pardon (le troisième dimanche de mai) où elles sont exposées.
Il est reconnu par l’Église.
Saint Patrick quant à lui serait né aux alentours de 390 au nord des Iles Britanniques. Ils se disait être le fils du Décurion Celpurnius, sa « formation » ecclésiastique se déroula en France puis en Irlande où il accomplit sa mission évangélisatrice.
Breton chrétien, Patrick est aussi magicien et pour certains il n’était qu’un Druide converti au christianisme. Il utilisa la feuille de trèfle pour expliquer le mystère de la Trinité aux Irlandais et c’est pour cette raison que la fête de la Saint Patrick est appelée « Fête du Shamrock » c’est à dire "fête du trèfle", emblème national de l’Irlande. C’es aussi grâce à lui que l’ Irlande est devenu l’île des Saints d’où partiront tous les évangélisateurs vers le continent d’ Armorique…
La liste est longue et non exhaustive et les plus importants d’entre eux viennent d’être cités bien que l’on peut encore nommer Saint Théleau, compagnon de Saint Samson de Dol qui a su évangéliser les premiers bretons.
Les études hagiologiques et iconographiques ont démontrées (à l’aide de statues) que les Saints bretons étaient bien souvent accompagnés d’animaux comme emblèmes.
Saint Corentin était affublé d’un poisson, la raison doit être du fait qu’il se nourrissait de peu de choses et qu’un jour Dieu accomplit un miracle « admirable et continuel ». Il lui aurait envoyé un petit poisson dans sa fontaine, lequel, tous les matins se serait présenté au saint de manière à ce qu’il en prit un petit morceaux pour son repas, et, aussitôt, le petit poisson se serait retrouvé entier, sans aucune lésion ni blessure et se serait représenté à Saint Corentin tous les matins.
Un dragon accompagnait Saint Pol De Léon et Saint Hervé était souvent représenté auprès d’un loup.
La Bretagne est une terre prolifique en croyances et en superstitions, certaines ont la vie dure encore à notre époque. Sitôt qu’un destin dramatique s’abattait sur un pauvre homme, ce dernier était élevé au rang de « Saint » sans que l’église n’ait eu son mot à dire car en fait, très peu de Saints Bretons ont réellement été canonisés ou reconnus par celle-ci. La croyance populaire veut qu’en la cathédrale de Quimper (29), des personnes soucieuses de retrouver des objets perdus déposent des pains devant la statue de « Santik Du », sa statue est aussi implorée pour faire le beau temps sans quoi elle est retournée vers le mur et dos aux paroissiens.
On distingue également les Saints protecteurs comme Saint Fiacre qui veille sur les jardins et Saint Jacques qui veille sur les marins ou encore des Saints guérisseurs ou « thaumaturges » comme Saint Roch ou Saint Sébastien qui étaient invoqués durant la terrible peste noire qui pénétra Marseille en 1347 et qui se répandit en Bretagne dès 1348.
La thaumaturgie étant le miracle d’imposition des mains ou de prophétie, étymologiquement « thauma » en grec signifie « miracle » et « urgein » signifie « opérer ou produire » ; du grec « celui qui fait des tours » il devient à l ‘époque chrétienne « celui qui fait des miracles ».
Les Rois de France aussi étaient censés guérir les écrouelles par le simple toucher en prononçant la phrase « le Roi te touche, Dieu te guérit », les souverains Britanniques avaient le privilège de guérir l’épilepsie et les Rois d’ Espagne délivraient les possédés.
Quant aux Rois de Hongrie, ces derniers faisaient disparaître la jaunisse et ceux de Bourgogne éloignaient la peste…
L’église a connu et reconnu de nombreux Saints thaumaturges car leur guérisons étaient à chaque fois attribuées à Dieu.
Saint Maur soignait les rhumatismes, pour cela il faut se faire verser de l’eau dans le dos et dans les sabots, Saint Hernin guérissait les maux de tête (il faut prier le saint et lui laver la tête) , Saint Laurent soulageait l’eczéma (il faut laver la plaie et jeter une poignée de boue sur la statue) et Saint Meen les troubles de l’esprit.
Les malvoyants priaient Saint Lunaire à la Fontaine de Plouër (22) ou à celle de Dirinon (29), les eaux de la Fontaine Saint-Egarec (29) étaient appréciées des sourds et Saint Tugen est invoqué non loin de sa fontaine pour les maux de dents !
On reconnaît aussi les Saints Vétérinaires comme Saint Comély ou Saint Herbot qui guérissaient les bovins, Saint Gildas, Saint Hervé et Saint Éloi guérissaient les chevaux et Saint Ildut soulageait les volailles !
Dernière catégorie de Saints et non des moindres…. Les Saints Céphalophores !
Du grec « képhalê » la tête et « phorein » porter, la céphalophorie est un épisode où un personnage décapité se relève et prend sa tête entre les mains avant de se mettre en marche vers le lieu où il désire être inhumé !
Il s’agit d’un thème courant abordé par les hagiographes chrétiens et Saint Denis est l’un des plus célèbres.
En effet, il subit le martyre sur la colline de Montmartre et se rendit jusqu’à l’actuel site de Saint Denis pour y être enterré.
L’interprétation de porter sa tête entre ses mains tient certainement du fait des artistes qui auraient voulu présenter dignement le personnage « avec toute sa tête » alors qu’il l’avait perdue durant son martyr.
Très souvent le saint traverse une rivière ou passe de l’autre côté de l’eau avant de gravir ou de descendre une côte et essaie de gagner un lieu élevé, d’y parvenir et de se faire inhumer à l’endroit où il s’est arrêté.
Les lieux où leur tête ont été posées deviennent alors « sacralisés » et sont alors soumis à la dévotion des pèlerins.
Les Gaulois accordaient une importance capitale à la tête puisqu’ils les exposaient rituellement lors des affrontements qui les opposaient à d’autres tribus ou clans .
Les Saints céphalophores les plus connus en Bretagne sont sans conteste Saint Trémeur, Patron de Carhaix, capitale du Poher, son culte est attesté dans la Chapelle de Bubry dès le XVII ème siècle.
Sainte Tréphine (22) était la fille de Varoch, compte de Vannes, elle épousa le Roi Conomor au VIème siècle et attendait un enfant que son mari ne souhaitât pas qu’elle eut. Elle prit la fuite mais fut arrêtée par le Roi qui la fit décapiter.
Ressuscitée par Saint Gildas, elle réussit tout de même à accoucher de Trémeur puis se retira du monde. Ce fils, éduqué au monastère de Saint-Gildas-de-Ruys rencontra un jour son père, ce dernier le décapita mais fut vaincu par la suite par les chevaliers de l’ Ost de Bretagne ralliés à Varoch.
Sainte Noyal dans le Morbihan qui portait sa tête sur une longue distance et qui s’arrêta près d’un ruisseau qui porte à présent son nom et où elle fut inhumée ; cette histoire se retrouve sur les vitraux de l’église paroissiale de Noyal-Pontivy.
On peut encore citer Sainte Haude dans le Finistère, Saint Gohard à Nantes et Saint Miliau à Guimiliau dans le Finistère qui furent des Saints Céphalophores Bretons.
Les principaux Saints Céphalophores français sont Saint Principin en Auvergne, Saint Nicaise en Champagne, Saint Juste de Beauvais en Picardie et Saint Gaudens en Midi-pyrénées.
Pierre Saint Yves donne dans son livre « les Reliques et les images légendaires » (aux éditions Laffont) plus de 120 Saints Céphalophores et bien que le bon sens suffise à comprendre qu’une telle étrangeté soit impossible, les explications sont nombreuses et variées.
La plus vraisemblable semble que les tombeaux anciens contenaient des corps dont la tête avait été séparée et c’est ainsi qu’en étudiant le cas de 3 Saints Lorrains, Saint Elophe, Sainte Libaire et Saint Livier, Marcel Hébert, historien, s’est aperçu que l’église où reposent les restes de Saint Elophe est entouré d’un cimetière mérovingien dont provient certainement le corps de ce saint.
Or , à l’époque Mérovingienne, la tête du squelette se trouvait déposée tantôt à ses pieds tantôt au milieu du corps.
Lorsque Saint Ambroise fait exhumer les corps de Saint Gervais et Saint Protais, les têtes n’avaient pas été disposées à leur place habituelle (au dessus des épaules) et c’est ainsi qu’ils furent considérés comme des martyrs.
C’est de cette façon que les corps dont les têtes n’étaient pas placées au bon endroit devenaient invariablement des martyrs....
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